lundi 16 mars 2009

Climbing Up The Walls.

C'est en écoutant 'Climbing Up The Walls' ce soir que j'ai trouvé mon sujet d'article, assez simple finalement, mais en même temps pratiquement indispensable. Donc rétrospective sur le monstre musical qu'est Radiohead, de ses débuts conformistes aux sommets d'In Rainbows; et pour cela, je pense qu'une critique albums par albums serait une bonne méthode, aux vues de la progression incroyable de ces artistes à l'état pur. Donc blabla sur leur formation à Oxford aux débuts des années 90, alors que le rock reste quelque chose d'extrêmement consensuel, soit vraiment punk soit pop. Le groupe, originellement 'On A Friday' se démarque finalement très rapidement, dès leur premier single. Je précise quand même qu'il n'est absolument pas possible d'évoquer toute la carrière de Radiohead dans un petit article comme celui-ci, qui plus est par un petit amateur comme moi. Je ferais donc d'énormes erreurs et des omissions à la pelle. Mais bon c'est mieux que pas en parler du tout (enfin j'espère).

Le single "Creep" est donc en soi une petite révolution, une fusion qui vaut au Radiohead des débuts d'être qualifié de noise-pop, en soi assez drôle aujourd'hui, les nombres de groupes pop crades grouillant par milliers aujourd'hui (même si l'expression fait un peu ver de terre. Ou zombie.). Les distorsions punk d'un Jonny Greenwood alors déjà bien énervé forgent un début de "son Radiohead" qui sera le leur pour les 3 albums à venir. Un son en constante opposition/fusion entre l'esprit folk de Thom Yorke et la hargne de Jonny Greenwood. C'est à ca que ressemble Creep, le malaise de vivre, la déprime en dernier facteur unifiant l'identité sonore de Radiohead. Grossièrement, leur premier album ressemble à cela : peu de titres échappant à la règle précédemment décrites, et un songwriting envoutant qui pointe déjà son nez sur les excellents Anyone Can Play Guitar et Blow Out. Voilà pour Pablo Honey, vite débarassé car c'est toutefois le coup d'essai d'un groupe encore jeune et que les chefs d'oeuvres qui suivent méritent que l'on s'y intéresse plus longuement.

(Pochette du premier album, dans le plus pur style photoshop 1.0 et surtout peu révélatrice de la musique qu'il y a dedans.)

Sur The Bends, le groupe poursuit son chemin, choquant les critiques les plus réac' à la sortie du disque, avec une sonorité qui évolue déjà bien que rétrospectivement, ce ne soit pas des plus flagrants. Il est vrai que la complexité est déjà plus au rendez vous sur cet album et même si l'ambiance reste très folk-rock, on aperçoit une originalité qui fera de Radiohead ce qu'il est aujourd'hui, un groupe d'exception, modèle de songwriting de la scène anglaise, et modèle de carrière pour tout groupe de rock un minimum indie. Les hymnes foisonnent de plus en plus sur ce deuxième album dans un style tantôt dépressif et sombre (Street Spirit (Fade Out)) tantôt plus joyeux (High And Dry) tantôt bizarre et punk (Just, Planet Telex). Ce n'est sans doute pas le meilleur album de tout les temps (puisqu'on peut parler en termes littéraux pour Radiohead) mais malgré tout les éléments du succès du disque suivant sont pratiquement tous en place.


(Toujours pas une pochette des plus somptueuses, mais plus en accord avec leur musique en tout cas. Ca évolue au même rythme que leur musique.)

Ne manque plus que l'électronique. OK Computer, go. Et c'est la consécration. Le meilleur album de la décennie, de tout les temps, peu importe. Sans doute le meilleur de Radiohead, avec Kid A, en tout cas. Mais les jugements ne valent rien sans justifications. Si je dis cela, c'est précisément parcequ'OK Computer, en plus des tubes qui font que même les mamies connaissent Radiohead (No Surprises, Karma Police, etc..) est parfait d'un bout à l'autre. Même l'ordre des pistes est parfaitement cohérent. C'est une oeuvre artistique, totale et absolue, chaque élément, de la pochette à la voix électronique et angoissée de Fitter Happier (quelqu'un avait dit à juste titre que l'on ne pouvait comprendre le disque que lorsqu'on appréciait cette chanson, ce qui est vrai je dois l'admettre) en passant par les textes d'une beauté torturée encore inégalée, participe d'une ambiance spectrale de paranoia, de pertes de repères dans le monde post-moderne qui est le nôtre. C'est rare que la musique puisse aller aussi loin, les Pink Floyd l'avait sans doute fait, mais je n'étais pas né. Je suis pleinement conscient d'arriver juste un peu trop tard pour tout saisir de l'ère 2000s, et qu'il est par conséquent possible d'être encore plus en adéquation avec ce disque.

(Enfin du joli et du en accord avec leur musique. Rien à dire, OK Computer, c'est le meilleur et c'est un tournant dans leur carrière.)

Que faire après pareil chef d'oeuvre se demandent alors critiques, membres de Radiohead et fans du groupe? Prendre une direction radicalement opposée à leurs précédents choix de carrière. Autant dire qu'il y a eu un avant et un après Kid A. Même si les groupes qui courent après la gloire de faire "leur" Kid A sont nombreux, ce disque ne pouvait arriver qu'avec Radiohead et qu'après OK Computer. Plus la peine d'essayer, un mythe reste un mythe. Mais qu'y a t il donc dans ce disque qui suscite tant d'admiration? Au début, et c'est là le paradoxe, rien. Du vide, que tentent d'emplir boîte à rythmes et samples. Ah oui ok, on passe à l'electro. Mais pas n'importe laquelle, de l'electro lente et déchirante comme le pouvait laisser supposer les singles dépressifs précédents. Habitée, l'electro de Radiohead est une accumulation de détails insignifiants et expérimentaux qui forment une grande machine complexe. Les sons apparaissent comme jamais entendus jusqu'à présent, et c'est sans doute le cas. Thom Yorke, maniant d'ordinaire aussi bien le grave que l'aigu en plus de sa guitare, se trouve quelque peu déformé sur de très beaux titres, angoissants à souhait comme Kid A ou encore l'excellentissime Idioteque (peut être l'une des meilleures chansons que je connaisse). L'expérimentation n'est pourtant jamais gratuite et tout a un sens, parfois caché. C'est ainsi qu'il est possible de mettre deux copies du disque à lire avec 16.8 secondes d'intervalles et avoir l'impression sur chaque chanson d'une auto-symbiose parfaite qui soutient les passages importants et en révèle d'autre (avis aux ados en quête de loisirs incongrus). L'art de Radiohead sur ce disque c'est d'avoir réussi à faire un chef d'oeuvre qui n'en a pas l'air, un disque fait de rien, qui est tout ce qu'il faut pour aimer Radiohead.

(Kid A, pochette aussi belle que le disque, aussi belle que celle d'OK Computer, tout ca concorde plutôt bien dans ma démonstration du fait que ces deux albums sont, je pense, les meilleurs de Radiohead. Le virtuel et le réel se recoupe dans un très bel effet.)

L'album suivant, Amnesiac est la seconde partie expérimentale de l'entreprise Kid A(l'enfant d'A_mnesiac)/Amnesiac, "l'incendie vu du dedans et plus du dehors" selon les propres mots de Thom Yorke. Ce disque poursuit donc l'exploration de pistes expérimentales et intimistes. On a l'impression en l'écoutant d'être en effet plus au centre. C'est indescriptible mais Amnesiac nous a emmené plus loin, et plus au coeur du feu. Il faut écouter, pour comprendre, les deux versions de Morning Bell, celle de Kid A et celle d'Amnesiac et les comparer. Ce disque frôle malgré tout l'excès et des titres comme Pulk/Pull Revolving Doors ou Hunting Bears font défaut et masquent mal un souhait trop violent de se radicaliser.

(Amnesiac, encore plus expérimental et plus étrange. Oui ça se voit.)

Sur Hail To The Thief, Radiohead a souhaité réintégrer de la spontanéité. C'est un choix judicieux au vu du résultat. 2+2=5 en ouverture, message politique+guitare électronisée=renouveau de Radiohead. Les samples et boîtes à rythmes sont toujours là mais cohabitent désormais avec les guitares dans un style que l'on n'avait plus beaucoup croisé depuis OK Computer. L'album reflète une vraie capacité de synthèse du groupe qui puisent dans ses influences, en y ajoutant sans cesse de nouvelles, comme sur We Suck Young Blood, mélange de Kid A et du free jazz, ou Where I End And You Begin, mélange Kid A/OK Computer très convaincant et prenant.

(Hail To The Thief, retour à des trucs moins concepts, des mots et tout, avec une dimension politique plus marquée, comme en témoigne cette très belle oeuvre d'art, peut être la plus belle pochette avec In Rainbows)

Et In Rainbows, le seul album que je n'ai pas acheté trois ans ou quinze ans après sa sortie, pour terminer cette rétrospective Radiohead, probablement le sujet sur lequel tout le monde devrait tomber d'accord, pour reprendre je sais plus quel critique à propos du disque. C'est vrai que je vois mal comment on peut ne pas aimer les chansons de l'album qui sont à la fois épurées et denses, uniques et universelles. 15 Steps et la magie du 5/4 et du son de guitare, Bodysnatchers et le grunge partiel, Nude et le 3 temps mélancolique, Weird Fishes/Arpeggi et la composition à la King Crimson dans un voyage véritablement surréaliste ; échappatoire improbable, All I Need et la nostalgie du passé musical de Radiohead et du passé tout court, Faust Arp et la beauté de l'accoustique, Reckoner et la simplicité d'arpèges sur deux cordes et du tambourin, House Of Cards et le rythme soul et lent, Jigsaw Falling Into Place et la réécriture de Radiohead par Radiohead, Videotape et le piano, lent, froid, douloureux et simple, comme Erik Satie.

(Synthèse du groupe, de leur musique, de toute les couleurs, l'arc en ciel n'est en fait qu'une tache de peinture ou de je sais pas trop quoi dégueu'. Comme quoi, ils sont plutôt modestes.)

Bon après cet article très long il faut le dire, je m'accorde une pause méritée d'au moins 3 ans. Mais au moins j'ai dit beaucoup de choses. Donc ca va.

1 commentaire:

Bloou a dit…

Je ne pouvais espérer de meilleur article de ta part. Étant partie traîner mes questions et angoisses ridicules du côté d'internet, j'attendais inconsciemment quelque chose qui me ferait plaisir dans le milieu de ma blogosphère personnelle, tout en écoutant quelques inédits de Radiohead. Et là, cet article, juste parfait. Blow Out, la perle de Pablo Honey, ce premier album qui ne laisse rien paraître du monstre de Radiohead qui reste à venir. Puis Planet Telex, sur The Bends, étrange mais ma préférée de l'album. L'excellent OK Computer effectivement, parfait du début jusqu'à la fin, Fitter Harpier y compris. Et puis Idoteque sur Kid A, incroyable puissance dépassant toutes mes attentes sur une chanson. Amnesiac, très électronique mais toujours teinté de la patte greenwood, yorke & co, avec en final monstrueux Life in a Glasshouse, œuvre de Jonny. Hail to the Thief, peut-être mon album préféré. On y redécouvre constamment des choses. 2+2=5 et Backdriffts, surprenantes mélodies. Et puis In Rainbows, je ne peux rien dire de plus, étant donné la justesse et la précision des mots que tu as employé pour décrire cet album.
Juste, parfait, cet article. Sur Radiohead. Ce monstre musical que je connais plus que n'importe quel autre groupe. Que je crois connaitre. Tellement de doubles-fonds partout, on y redécouvre des sonorités et des paroles dosées excellemment. En pistes cachés, covers et autres inédits, je te conseille vivement Fog, en version originale & acoustique au piano, et puis How I made my Millions, ainsi que tout l'album In Rainbows 2. Si ça t'intéresse, j'ai une compil faite par le copain de ma soeur, qui s'appelle Rare Radiohead, et qui est pleine de trésors et de sons étranges géniaux.
En tout cas, merci beaucoup Rapha pour cette chronique radiohesque :)
Bisouilles & bonne soirée à toi.

Enregistrer un commentaire

Ici en fait c'est un texte caché. C'est un peu comme une chanson cachée, tu sais pas trop pourquoi c'est caché et tu sais pas à quoi ça sert, mais c'est plutôt sympa. Et puis au moins, cette bonne parole sert de récompenses aux aventureux prêts à braver la tempête et poster un commentaire.
Bonus maxi inédit : "Il est plus facile d'attraper les oreillons par contagion qu'un moustique au lasso par occasion et par surprise." (P.Dac)