mardi 28 septembre 2010

En 2008 sortait le très sympathique album solo d'Atlas Sound, Let The Blind Lead Who Can See But Cannot Feel et constituait un point de départ pour moi à l'univers très particulier des américains de Deerhunter. Et ce n'est seulement cette semaine que sort leur dernier LP, Halcyon Digest. N'ayant pas encore eu l'occasion d'écouter leurs albums précédents (mis à part la chanson Twilight At Carbonlake que je recommande chaudement au passage), je ne pourrais pas comparer le dernier venu aux précédents. Si je me permet de procéder ainsi, c'est simplement parce que la chronique de Pitchfork m'a très intrigué, en décrivant cet album comme un album célébrant la joie de la découverte brute. Allons y pour la découverte brute.


Dès les premières notes, des sonorités IDM sont couplées audacieusement à une guitare accoustique qui arpège et harmonise sur la voix lascive de Bradford Cox et l'on pense aux plus belles balades qu'avait à nous offrir Atlas Sound il y a deux ans. Les boucles s'enchaînent, le bruitisme d'Aphex Twin prend le dessus dans un très beau crescendo avant de retomber et de dévoiler la simplicité des arrangements.

Don't Cry et Revival gardent la même voix lascive et saturée mais accélèrent le tempo et mettent en avant les guitares, et dès lors les fréquentes comparaisons du groupe avec Sonic Youth s'avèrent bien plus flagrantes. Deux chansons plus ensoleillées dans un format pop.

Et c'est en écoutant Sailing que l'on s'aperçoit que l'album joue sur deux atmosphères contradictoires. Une forme de pop solaire psyché un peu 60s d'une part (les cuivres de Coronado vous convainqueront bien mieux que moi) et une mélancolie distordue et bruitiste d'autre part. La réussite de ce disque étant de parvenir avec brio à coupler les deux sur la quasi-totalité du disque, sans impression de formule répétitive (à l'exception de l'ennuyeuse Sailing). 

Basement Scene illustre la forme plus lente de cette combinaison tandis que l'excellent Desire Lines nous les montrent sous la forme plus rock US. Et quand les deux atmosphères sont parfaitement équilibrées comme sur le très beau Helicopter, on tombe de manière presque étonnante sur des morceaux aquatiques qui n'auraient pas dépareillés sur Merriweather Post Pavillion d'Animal Collective.

En définitive, il existe beaucoup d'albums d'apparence classique qui cache une grande complexité mélodique, mais il existe peu d'albums d'apparence complexe qui cache des mélodies déjà classiques et universelles. On ne compare pas Deerhunter à Radiohead par hasard.



samedi 25 septembre 2010

Maybe God is Desperate too...


Ce weekend je redécouvre avec beaucoup de plaisir un album à écouter le soir, de préférence quand il pleut ou encore mieux quand le tonnerre gronde... Let's talk about l'album de Gravenhurst prénommé The Western Land, une vieillerie de 2007 à côté de laquelle il serait fâcheux d'être passé.



Orage est en effet un mot qui correspond bien à cet album mais pas seulement ; The Western Land balaye à peu près toutes les humeurs du ciel, de la tempête la plus déchaînée au plus paisible couché de soleil et souvent tout cela en même temps - sans mauvais jeu de mots.

Nick Talbot, la tête pensante du groupe, a choisi de donner une ambiance froide voire glaciale à cette album en conservant le folk des premiers opus de Gravenhurst mais en y ajoutant une noirceur très rock. On peut voir cette ambivalence sur le titre Hollow Men qui alterne coups de tonnerre de guitare saturées et retours au calme où viennent se mêler songwriting pop-folk et voix angélique. On est assez proche de ce que peuvent composer les belges de Ghinzu ou même de dEUS.



On retrouve des balades pop toujours teintées de cette profonde mélancolie, Song Among the Pine ou bien Trust qui rappelle Grandaddy. L'instrumental The Western Land n'aurait pas volé sa place sur un album de Mogwaï.



Les deux premiers morceaux sont époustouflants. La voix blanche de Nick Talbot (un peu la même que celle de Markus Acher, le chanteur de The Notwist) s'élève sur Saint, profonde, désespérée au possible ("maybe god is desperate too"), magnifique. She Dances complète le diptyque (je suis très diptyque...), la guitare commence hypnotique, entêtante, bientôt suivie par le piano et la voix s'élève peu à peu de la brume...

Les quatre derniers morceaux forment un tout, une sorte de concerto des Quatre Saisons pouvant chacun servir de conclusion à l'album. L'adieu Farewell, Farewell comme un couché de soleil estival. Le magnifique et très "radioheadien" Hourglass comme une rosée printanière. Le glacial Grand Union Canal, où tous les sons semblent étouffés par la neige. Et enfin le bouleversant The Collector, qui apparaît comme la vraie conclusion de ce très bel album, mêlant espoir et détresse, (presque) à pleurer... À écouter quand il pleut, l'automne arrive, que demander de plus.







À la revoyure.

samedi 18 septembre 2010

Bonjour tout le monde, ça faisait longtemps. Je ne peux pas rester longtemps dans la mesure où j'ai une tarte au potimaron sur le feu, mais je dois tout de même vous communiquer des informations de la plus haute importance.


Dans les commentaire de l'article au sujet du nouvel Arcade Fire (qui était un peu l'enjeu principal de cet été) j'ai eu une longue discussion avec moi-même où je m'apercevais avec stupeur que j'avais téléchargé une version incomplète de The Suburbs où les noms des pistes était attribués en vrac à des chansons dont une poignée seulement appartenait à l'album. Bien fait pour moi.

OUI MAIS dans mon "The Suburbs" s'étaient glissés 3 titres assez fabuleux, et la blague c'est qu'après recherche ce n'était PAS Arcade Fire. Et c'est là que ça devient intéressant. J'ai fini par les retrouver ces fameuses chansons et il faut que je vous montre ça parce que pour être tout à fait honnête c'était un peu mes préférées de l'album. (oui bon et rococo aussi)

WILDLIFE

Ils viennent de sortir un EP et c'est merveilleux. Et ils sont canadiens.

vendredi 17 septembre 2010

Plutôt que de faire une longue introduction en matière à base de commentaire général sur le mysticisme musical, sur les courants néo-hippies, sur la ré-exploration des sensations psychotropes et psychédéliques au XIXe siècle, je vous propose juste aujourd'hui d'écouter ceci pour comprendre que je ne vous taillerais pas le bout de gras pendant des heures à propos du - légèrement redondant - blues post-rentrée.


Non, pour le moment je suis très heureux à danser tout nu autour du feu en fumant le calumet magique, et je vais même en profiter pour parler un peu de Warpaint, les 4 californiennes que JNSPUF! a eu la chance de croiser au dernier Inrocks Indie Club de la saison, mais qui n'ont malheureusement pas encore été chroniquées sur ces mêmes pages. Certes vous pourriez me jeter la pierre, mais en même temps si c'est ce que vous choisissez de faire, il risque de manquer des mots à la fin de cet article.

S'il m'a semblé important de revenir sur leur cas, c'est tout simplement que leur premier album The Fool ne va pas tarder à sortir et que Warpaint fait partie de ces groupes suffisamment marquants pour instaurer de la première note à la dernière une ambiance particulière, magique et mystique. Warpaint fait également partie de ces groupes qui parviennent à recréer sans une once de difficulté cette même ambiance sur une scène, catégorie à laquelle appartient finalement un nombre assez restreint de groupes actuels.


L'EP Exquisite Corpse sorti depuis maintenant plus d'un an montre les différentes facettes d'un groupe que l'on devine toujours hanté par une force musicale supérieure, d'une beauté sombre et superbe, parfois lisse comme sur le très délicat Billie Holiday, parfois rugueux sur des titres comme Elephants ou Beetles. 
La palette de sentiments est plutôt réduite mais on y trouve le plus mélancolique (Stars) comme le plus direct (Krimson). Dans tous les cas, la batterie s'affole, la basse hypnotise, les guitares angoissent, la voix inquiète s'élève de nulle part.

De manière assez logique, on aime ou on déteste Warpaint. Le compromis semble difficile tant le monde léthargique de ces californiennes est particulier. Pas nécessairement un album à écouter n'importe quand, mais un EP certainement très prometteur. Espérons que l'album soit à la hauteur !








Bon et sinon, les Anglaises de Smoke Fairies font du blues du même acabit depuis longtemps et sont soutenues par Jack White. Et ça non plus on en avait pas parlé.


vendredi 10 septembre 2010


Dreams of Long Life, What Safety can you Find ?


Poursuite de notre série « Back-to-school » mais cette fois du côté spleen parce ce que retourner à l'école après quatre mois de vacances c'est pas drôle... Après des errements passagers, dus à une euphorie aoutienne vite dissipée, qui m'avait conduit à mettre six cotons-tiges au dernier album des Klaxons, parlons un peu de choses sérieuses et quoi de plus sérieux que la sortie du nouvel album des New-yorkais d'Interpol...


Après un premier album renversant, un second bourré de tubes et un troisième... disons dégrisant pour ne pas retourner le couteau dans la plaie... Nous attendions (en tout cas moi) ce nouvel opus de la troupe de Paul Banks – amputée depuis de son bassiste Carlos Dengler comme un disque aux allures de rédemption... Qu'allait donc nous concocter ces héritiers de Joy Division ? La sobriété du titre de l'album – Interpol suggérait le retour aux sources tant espéré...

Les deux extraits me laissaient tout frétillant, tel une jeune fille en fleur dans la queue d'un Virgin Megastore attendant la dédicace d'un poster de Justin Bieber.

Tout d'abord Light, long crescendo sombre et puissant qui n'aurait pas volé sa place sur Turn on the Bright Lights avec un clip, réalisé par Charlie White, assez malsain... Rappelons que celui-ci avait déjà travaillé sur Antics avec une vidéo du superbe Evil tout aussi dérangeante...




Barricade plus évidente avec une guitare lancinante plus proche de la période Antics - ici au summum de leur classe dans le David Letterman Show...


L'album a fini par suivre, un album où l'on sent que le groupe arrive à maturité, un album où ils ont su garder cette énergie noire qui fait leur force tout en parvenant à faire ce que certains qualifient de "rock adulte", du rock propre, sérieux, comme The National sait faire par exemple. Je vous conseille d'ailleurs vivement l'écoute du dernier album Hight Violet de ces autres New-yorkais.

Petit extrait pour vous convaincre...


Revenons à Interpol, ils nous livrent donc dix chansons, un album sans fausse note, très dense, assez dur à apprivoiser mais très prenant par la suite. Les Américains soignent toujours leurs entrées en matière, après Untitled, Next Exit et All Fired Up (l'un des seuls morceaux à garder de Our Love to Admire) c'est le très classe Success qui nous fait entrer dans la maison Interpol.
Car Interpol, c'est avant tout un son, une voix incroyable - celle de Paul Banks qui se démultiplie (Safe Without, the Undoing) une guitare glaciale et entêtante (Safe Whithout, Light) qui sait laisser sa place au piano (Try it On, Always Malaise) et dans tous les morceaux la basse tranchante de Carlos D. en guise de fondation (il va sûrement beaucoup manquer à l'avenir...). C'est parfois teinté d'une élégante mélancolie comme sur Memory Serves, d'une froide détresse sur un Always Malaise qui prolonge le très angoissant Try It On. Interpol, c'est aussi une longue plainte (All of the Ways) et une conclusion lancinante en apothéose avec ses orgues, ses cuivres et Banks en mode spannish (the Undoing).

Pas de tube immédiat ? Interpol nous en a déjà assez donné dans ces précédents opus, le groupe est aujourd'hui passé à autre chose et prend ainsi une autre dimension ; difficile de dégager un single tant cet album forme un tout d'une remarquable cohérence. Quoi de mieux qu'un retour au source pour renaître de ses cendres... Un nouveau départ après "un cap du troisième album" très mal négocié. Un excellent disque.








En bonus un truc so 80ies assez prenant :

À la revoyure...

mercredi 8 septembre 2010

On ne va pas se mentir, le seul point commun entre tous les hipsters, c'est d'être énervé contre tous les autres hipsters qui vont aux mêmes concerts qu'eux, et qui écoutent la même chose qu'eux. Parce que finalement, il y a un au moins autant de types de hipsters que de groupes. Ceux qui écoutent des trucs pas connus pour serrer de la meuf bonne (oui j'ai l'impression d'être à maxiviande en disant ça), ceux qui ont juste le besoin compulsif d'écouter toujours plus de musique, ceux qui considèrent que hype machine permet d'avoir l'air cool en 3 minutes 30 et pleins d'autres gens sympathiques comme ça.


Et à côté, il y a Darwin Deez. Un gars pas très connu parce que extrêmement personnel. Un gars qui même avec un album produit nous redonne l'impression d'être un peu chez un adolescent plutôt content de sa puberté et de lui même (parce que un peu musicalement aisé quand même).

Donc l'ami Darwin {insérez ici un mauvais jeu de mot sur la sélection naturelle} nous a livré en mai dernier son album éponyme, une merveille esthétique pour amateur de do-it-yourself. Une collection de petits singles (3 minutes en moyenne) préparés avec une simplicité et une aisance déconcertante. L'instrumental est ultra-basique : des boites à rythmes un rien vintage cadrent des compositions déconstruites sur lesquelles se posent des accords de guitares saturées mais impeccables. La voix de Darwin, quand à elle, lui permet une plus grande marge de manoeuvre (tantôt assurée, tantôt fragile façon Clap Your Hands Say Yeah).  Les dix pistes de l'album nous conte toutes sortes d'histoires cruelles, mesquines ou simplement insouciantes.

Si cette recette est très enthousiasmante sur quelques chansons (Constellations, Radar Detector, et l'excellentissime Bad Day), elle peut s'avérer décevante sur la longueur, et sur certains titres qui manquent de richesse mélodique et d'originalité (The Bomb Song). Ici vient le risque d'une telle formule aussi directe.

Malgré tout, s'il n'est pas exempt de défauts et de manques certains, cet album reste original dans sa globalité et intéressant dans son approche de la pop-song pour 2010. 

Ah oui, et puis le clip de Radar Detector mérite à lui seul un coton tige de plus. 


Ah oui, parce que en fait maintenant on a décidé d'être (un peu) plus clair et on vous met des cotons-tiges à la fin de nos chroniques, histoire de savoir ce qu'on en a pensé au travers de nos digressions multiples. Et donc la règle est plutôt basique : 0 c'est pas bien et 10 c'est bien. On fait fi de notre déontologie professionnelle légendaire du coup.








Là par exemple c'est 5.

vendredi 3 septembre 2010

Ça sent la rentrée... Le soleil, narquois, nous envoie ses derniers rayons. Les festivals se terminent en fanfare ou/et sous la pluie. On ne peut pas s'extasier éternellement sur les sets de LCD Soundsystem, Arcade Fire et consort... Il faut repartir de l'avant, se remettre au travail, recommencer à écouter des disques, enfin ce n'est pas le pire... Bref, quoi de mieux pour se remettre d'aplomb, qu'un bon album franc du collier, bien rock, un album de djeuns... Arrive à la rescousse le deuxième album (enfin!) des londoniens de Klaxons, Surfing the Void.



Oui le décor est planté, ne nous voilons pas la face, chez ces gens là on est pas vraiment dans la subtilité mais ça fait du bien de temps en temps... Surtout que les quatre larrons le font plutôt bien... Il faut dire qu'on n'avait plus beaucoup d'illusions après le visionnage du clip de Echoes... Des mecs qui dévalent des dunes en courant quand ils ne sont pas occupés à jouer de la guitare (électrique !) au milieu d'un désert de sable... Une sorte de copier-coller (assez déconcertant d'ailleurs) du clip de Human des Killers, côté légèreté ceux-là ne sont pas des gens très fréquentables, par contre pour ce qui est de faire des tubes pompiers ils savent y faire et les Klaxons semblent l'avoir bien compris...




Pompier oui, mais pompier rock, plus rock et plus psychédélique que leur précédent album Myths Of The Near Future et ses refrains plutôt pop. Et pour cause il se trouve que c'est Ross Robinson (Slipknot, Korn etc) qui a fini par les produire. En effet, l'album aurait mis du temps à venir au monde en raison de différences entre les aspirations du groupe et celles de la maison de disques... Mais il a fini par arriver comme tout bon Beaujolais nouveau avec qui il partage quelques caractéristiques assez troublantes.

Je vous propose un petit jeu assez drôle : il suffit de remplacer "Beaujolais" ou "vin" par "album des Klaxons" dans ces quelques citations piochées sur internet...
"Ce sont généralement des vins qui se conservent peu longtemps, environ 6 mois", "Le beaujolais, n’est pas trop mauvais, mais il y a pas de quoi se rouler par terre. C'est un vin médiatique"

Pour ceux qui n'ont vraiment pas aimé l'album (ce que j'arrive à comprendre) je ne résiste pas, à vous de remplacer :
"Celui qui a inventé le Beaujolais nouveau a trouvé comment vendre un mauvais vin de début de saison… les acheteurs sont des pigeons", "J'ai pas goûté, mais ça doit probablement péter le bide et donner des acidités pour 48heures, comme chaque année"

Trêve de plaisanterie, cela reste tout de même un "bon" Beaujolais... Un album assez nerveux donc, court – 10 titres, efficaces, où les guitares jouent un rôle primordial, où les tubes évidents comme Echoes (le piano est assez sympa) ou Valley of the Calm Trees côtoient chansons pop (The Same Space ou Twin Flames qui a ma préférence), rock (Surfing the Void, Cypherspeed, Venusia) et élans limites hard avec Extra Astronomical ou le très réussi Flashover.

"À écouter avec modération..."

Désolé pour cet article totalement hors de propos :) et à la revoyure !