mardi 29 mars 2011

Il y a de cela quelques mois, je vous présentais l'album d'un groupe beaucoup trop influent pour être honnête : les américains de Battles. Ils nous pondaient alors l'un des albums les plus étranges de ces 10 dernières années, et sans doute l'album le plus étrange des 10 années à venir. La bonne nouvelle, c'est qu'ils s'apprêtent à ressortir un autre album, et la méga-bonne nouvelle c'est qu'ils joueront à la Route du Rock cet été. Autant vous dire que je risque de manger mes chaussures le 13 août.

Et un morceau complètement barré où on entend tour à tour un mec qui fait un drôle d'effort (n'ayez pas l'esprit mal tourné enfin), des guitares/synthés/orgues/voix qui se confondent habilement, et toutes sortes d'harmonies habilement construites et déconstruites au point que l'on ne sait plus très bien qui est quoi à un moment. Mais surtout ce morceau se révèle d'un psychédélisme surdélirant qui ferait passer Animal Collective pour des gentils fils à papa. Toujours des sonorités inouïes et ce sens de la production qui reste complètement ahurissant. Je crie au génie, mais vous avez l'habitude.

Ice Cream (Featuring Matias Aguayo) by BATTLES

samedi 26 mars 2011

Pas un mot de ma part sur le dernier Strokes, qui n'a aucune unité... mais qui est quand même vachement bien... Bref, je laisse à Cassius la lourde tache de décrypter le quatrième et peut-être dernier album des new-yorkais. Je vais plutôt parler d'un autre américain qui vient de South-Carolina : Chaz Bundick aka Toro y Moi. Il vient de sortir un album sacrément chouette qui s'appelle Underneath The Pine.


Toro y Moi fait partie de ce qu'on appelle, dans les blogs branchés, la "chillwave", qui n'est pas un truc de surfeur du Chili mais plutôt un courant qui utilise beaucoup de synthés, de filtres, de boucles, avec un tempo assez lent, très atmosphérique... Bon comme ça, ça a l'air chiant mais Chaz Bundick arrive, en y ajoutant un peu de tout, à donner un résultat très convaincant.

À dire vrai, on a du mal à croire que Toro y Moi vient des USA tant la French Touch dégouline de tous les morceaux. De AIR à Daft Punk en passant par Alex Gopher ou Sébastien Tellier, on a vraiment l'impression d'écouter un très bon album d'électro-pop franco-versaillaise. L'introduction Intro Chi Chi ressemble vraiment au début de La Femme d'Argent et on se fait cette réflexion sur plusieurs morceaux comme Good Hold où on croirait entendre la voix de Jean-Benoit Dunckel, c'est assez troublant. Le très mélancolique Before I'm Done me fait beaucoup penser aux bordelais de Calc mais c'est une impression plus personnelle je pense.

En dehors de cette remarque, plutôt (très) positive d'ailleurs, l'album est vraiment convaincant, cohérent, sans moment faible avec de très belles mélodies. Les perles électro-pop (Get Blinded) côtoient des morceaux plus funk (New Beat) voire disco par moment (Still Sound) et des passages plus psychédéliques (How I Know) ou atmosphériques (Divina).

En résumé un très bon album, apaisant, qui ne vole pas ses :









À la revoyure.

jeudi 24 mars 2011

A peine le temps de se remettre de la claque Anna Calvi que nous voilà déjà parti pour vous rabattre les oreilles avec un nouveau disque. Oui, mais en vrai j'ai triché car j'écoute toujours autant en boucle le disque de l'Anglaise. Les joies des albums qui se retrouvent à circuler sur le net des mois avant leur sortie officielle. Et les joies des pochettes amusantes aussi, même si ça a pas de rapport du coup.


Alors oui, il aurait été vraiment injuste que pour de simples raisons de mauvais contrôle et de mauvais timing, un album aussi bon que ce Gimme Some de Peter, Bjorn & John passe à la trappe ici.

Magic avait dit à l'occasion de la sortie de l'album que le fait d'avoir produit le disque de Lykke Li avait sans doute travaillé notre ami Peter qui en avait eu un peu marre de faire joujou avec les boutons et choisi pour se venger d'enregistrer le disque le plus brut et rentre-dedans de toute la discographie des Suédois.

S'il y a sans doute du vrai dans cette histoire, ce nouvel album n'en reste pas moins plus complexe qu'il n'en a l'air. A première vue, lorsque la première chanson (Tomorrow Has To Wait) nous monte 3 minutes basées sur une seule note de guitare, on regarde forcément la suite de la chose avec circonspection. Et puis on oublie bien vite cette histoire, tant les mélodies sont excellentes, tant les rythmes sont variés, tant la subtilité et l'énergie remplacent rapidement ce qui pouvait passer pour de la facilité.

Ce nouveau disque donne quasiment l'effet d'une visite accélérée d'experts en pop music venus faire un tour dans leur ancien chez eux pour vérifier que tout ça leur appartient encore. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'après un Living Thing plus lent, on est content de retrouver l'énergie qui nous avait séduits en live. S'amuser avec leurs propres codes en passant du sautillant à l'élastique (Eyes), détourner l'afropop gentillette (le génial Dig A Little Deeper), ou juste tout faire sauter joyeusement en moins de 2 minutes (Black Book, Breaker Breaker), autant de postures fantastiques et euphorisantes que l'on trouve dans ce nouveau disque.

Rien à jeter ici, tout s'apprécie légèrement. Et putain ça fait du bien.

dimanche 20 mars 2011

Je suis d'ordinaire relativement méfiant vis-à-vis de la hype brumeuse, l'encensement masqué sous des références étouffantes, et ma crainte va grandissante quand on met d'abord en avant l'entourage d'une artiste comme gage de qualité. Malgré tout, je poursuis dans l'optique ombre et lumière que Greenwood a choisi pour son article précédent en vous parlant quand même d'Anna Calvi, parce que quand même, on ne passe pas à côté de ça.


Certes, c'est flatteur de compter Brian Eno parmi ses fans, et oui Nick Cave sait choisir les artistes, mais qu'en est-il de la musique d'Anna Calvi ? Comme tout les artistes intransigeants, elle divise. Prêtresse torturée au rock ténébreux mais clair, l'Anglaise partage pourtant une grâce fragile avec les références évidentes en la matière que sont PJ Harvey ou Jeff Buckley. Alors certes on peut ne pas se sentir particulièrement attiré à la base par ce genre de choses (c'était mon cas), mais de toute manière, une écoute un peu approfondie suffit rapidement à ce rendre compte qu'il est inutile de résister bien longtemps.

Passée une démonstration instrumentale époustouflante de maîtrise (Riders To The Sea), l'album déroule son lot de références (du flamenco au lyrisme pur) qui soulignent la force évocatrice quasi-cinématographique de la musique d'Anna Calvi. Impossible de ne pas visualiser les êtres qui hantent chaque recoin des compositions, impossible de ne pas se sentir touché par la voix si spéciale de la chanteuse ainsi que par la beauté de la production qui met parfaitement en valeur les moments les plus sombres de l'album comme les plus lumineux.

No More Words, Desire, Suzanne And I, Blackout, autant de chansons qui résonnent immédiatement dès les premières écoutes. Et c'est sans doute la plus grande force du disque : l'équilibre fascinant entre la puissance distante et théâtrale du chant lyrique et l'intimité flagrante avec l'univers de la chanteuse. L'impression paradoxale de tout comprendre et de tout ignorer d'Anna Calvi, voilà ce qui incite à écouter ce disque en boucle.


vendredi 11 mars 2011

J'ai eu un peu de mal à écouter quelque chose de nouveau après Radiohead, pas tant à cause de la qualité de leur disque mais plutôt parce que tout semble un peu fade et grossier après l'écoute de The King of Limbs. Deux disques m'ont finalement séduit, ils sont totalement opposés, l'un lumineux l'autre sombre, l'un simple l'autre difficile, mais excellant tous les deux dans leur domaine.


L'album des Canadiens de Suuns plaira à tous ceux qui ont apprécié les récents opus de These New Puritans et PVT avec qui il partage cet esprit elecro-rock assez sombre. Guitares saturées, saxophones torturés à la National Anthem sur Gaze, morceaux hypnotiques voire malsains comme le très "anti-lithurgique" Pie IX sur lesquels vient se poser une voix claire et blanche. Mais les sons électroniques et les basses puissantes savent laisser leur place à des passages plus lumineux comme sur Fear.


Zeroes QC - Suuns :







On passe de l'ombre aux lumineux Danois Treefight for Sunlight. La noirceur est totalement absente de l'album, tout est virevoltant, verdoyant. Les chorales et les notes de piano virevoltantes font penser à un Animal Collective champêtre. La guitare sèche remplace la saturée, apaisante, une bouffée d'air frais, une belle promenade printanière ou "the sunshine's shining"... On retrouve le même côté psychédélique et très revival que chez Tame Impala dans un album qui met de (très) bonne humeur.


A Collection of Vibrations for Your Skull - Treefight for Sunlight :







Assumons le cliché Spleen/Idéal, les notes sont assez aléatoires, aujourd'hui Treefight for Sunlight me séduit mais selon votre humeur vous adhérerez davantage à l'un ou l'autre.





À la revoyure.

lundi 7 mars 2011



Arrêtons de décrier Radiohead et son soit-disant plan marketing ! À vouloir contourner l'industrie du disque, ils se mettent tout le monde à dos aujourd'hui. À se demander si certains ne préféreraient pas que se soit les majors qui touchent les 3/4 du prix de The King of Limbs. Alors bien sur, seuls des groupes comme Radiohead peuvent se permettre de fixer un prix libre ou une somme aussi modique que 7€ ; mais justement s'ils ne le font pas, qui le fera ? C'est facile de critiquer le "buzz", le coup de la sortie inopinée était sûrement un peu calculé, le clip à la Ian Curtis de Thom Yorke a entretenu le mystère mais il faut quand même prendre conscience que l'effet de surprise ne constitue pas le plus coûteux des plans marketing. Si on ne compte pas le coût technique à fournir pour se prémunir des leaks éventuels (qui a sans doute du être relativement conséquent), cette sortie d'album reste - pour un groupe mondialement connu comme Radiohead - d'une discrétion remarquable. Si on a autant parlé de cette sortie, c'est avant tout car on espère que chaque album de Radiohead sera le nouveau OK Computer ou le nouveau Kid A, est-ce qu'on peut leur reprocher de susciter autant d'attente ?

L'idée n'est pas ici de faire râler tout le monde en passant plus de temps à débattre du modèle commercial que de la musique en elle-même, mais il faut bien avouer que la déception musicale de beaucoup trouve malheureusement sa source dans ce pied de nez médiatique.

Le plus important restait bien évidemment de savoir si l'album allait satisfaire aux attentes qu'il avait suscité. Beaucoup de gens ont été déçus, beaucoup de gens ont émis des avis le lendemain voir le jour même, or comme le disait très justement JD Beauvallet des Inrocks, on ne commence à comprendre quelque chose à Radiohead qu'après un minimum de sept écoutes dans trois lieux différents. Les premières écoutes ont été assez déroutantes car l'ouverture du disque (Bloom) constitue sans doute la piste la plus expérimentale de l'album.

La musique à présent. Les grands disques des Anglais sont avant tout des disques-synthèses, des chefs d'oeuvre qui permettent d'appréhender musicalement une époque : OK Computer nous dépeignait la modernité, et le duo Kid Amnesiac la post-modernité, mais surtout ils nous offraient des chansons exigeantes, novatrices et merveilleusement bien écrites.

Avec huit titres, il est difficile de ne pas parler de chaque chanson. L'album se divise assez facilement en deux : une première partie très expérimentale puis après le single trois titres plus classiques. Bloom et Feral sont particulièrement dérangeantes, entre pureté et rythme martial, toutes les deux hypnotiques.

Une fois cela posé, nos avis divergent :

Cassius :

Pour l'instant, et je précise pour l'instant, je ne retrouve pas cette exigence. Car pour la première fois, je ne suis pas surpris à l'écoute d'un de leur disque. Le trip hop expérimental et difficilement définissable d'avant Hail To The Thief est de retour, on retrouve la complexité des heures les plus sombres de Radiohead alliée à une pureté parfaite qu'In Rainbows saisissait avec brio. Les polyrythmes semblent se démêler d'eux même après plusieurs écoutes, et constituent sans doute les éléments les plus novateurs et réussis de cet album.

Bloom prend tout son sens après quelques écoutes et révèle assez facilement sa beauté cachée, tandis que Feral dresse un parallèle avec Pulk/Pull Revolving Doors et constitue donc la plus difficile d'accès. Pour ce qui est des autres chansons, je ne peux pas me permettre de juger un disque aussi complexe après quelques écoutes. Je pense pouvoir quand même dire que Codex, Separator et Lotus Flower cachent de vraies trouvailles mélodiques et une grâce fantastique qui se dévoile dès la première écoute. Je retrouve le Radiohead que j'aime sur Morning Mr Magpie et Little By Little, deux titres qui élargissent un peu la palette sonore de l'album.

Car oui, loin de lui reprocher son incohérence, je trouve au contraire ce nouvel album un poil trop restreint dans les sonorités utilisées. La rythmique frénétique, répétitive et hypnotique de certaines chansons ne fait malheureusement qu'accentuer cette impression d'un album peut être trop fermé ? Et puis je n'aime pas que lorsque l'on tape "Lotus Flower" sur Youtube, la suite de la proposition soit "Thom Yorke". Dans tous les cas, les textures sonores et la pureté des huit chansons de cet album méritent une écoute approfondie, mesurée et pas l'espèce de précipitation malsaine qui a entouré la sortie de l'album.








Je met donc un petit 6 sous réserve de modification future.

Greenwood :

Avec ce début d'album, Radiohead abandonne définitivement toute idée de structure mélodique classique. Sur Bloom et Feral, on a l'impression d'écouter un copié volontairement très mal collé. Comme si le groupe de Thom Yorke à travers une succession de démarrages avortés s'appliquait à nous surprendre toujours et encore. On retrouve un esprit plus KidA sur Morning Mr Magpie et surtout sur le grandiose Little by Little et son pont magique.

Arrive donc ensuite le single qui a tant fait jasé : single reste une expression, il ne risque pas de beaucoup passer sur les ondes... À la première écoute une nouvelle fois très complexe, mais on découvre assez vite finalement la géométrie du morceau, les claquements de main parfaitement et imprévisiblement placés de Thom Yorke, sa voix cristalline qui pleure plus qu'elle ne chante.

Les trois dernières chansons sont parmi les plus belles que le groupe aie jamais composé. Codex est parfaite, triste à pleurer et apaisante à la fois avec ses paroles qui nous parlent de lacs clairs et de libellules. Give up th Ghost très pure, très belle et Separator sont les deux titres les plus "chansons" de l'album. Separator qui nous fait rêver non seulement par sa grâce mais surtout par sa simplicité qui contraste avec Bloom, et évidemment ce "If you think this is over then you're wrong" plein de promesses. Alors évidement j'arrive comprendre les déçus qui attendaient sûrement plus de spontanéité et de guitares mais pour moi la seule chose qui manque à cet album c'est... deux titres.

On parle beaucoup d'un The King of Limbs 2, c'est vrai que certains indices mettent le doute ici, Espérer une suite c'est en fait ne pas être totalement convaincu par ce disque. The King of Limbs a une cohérence, une histoire propre, il se suffit à lui-même. Je pencherai plus pour un diptyque KidA-Amnesiac en sortant deux CD à un an d'intervalle ou pour une face B de qualité comme pour In Rainbows. En attendant la face sombre de The King of Limbs...







Ce The King of Limbs divise donc même jusqu'au sein de JNSPUF! preuve que quoique fasse Radiohead, il y aura des débats enflammés du type "C'était mieux avant" vs "Constante remise en question". Libre à vous de choisir votre camp ! On pourra néanmoins se mettre d'accord sur le fait que le groupe d'Oxford ne se repose jamais sur les lauriers qu'il a gagné il y a déjà bientôt quinze ans.


Cassius & Greenwood.