lundi 23 mars 2009

C'est fortement influencée par une légère fièvre (voilà ce qui arrive quand on passe la moitié de sa nuit sur une plage) et une redécouverte de Scream, que je vous propose un petit diptyque sur le thème serial killer.

Notons que cela constitue par ailleurs un fantastique alibi pour attirer l'attention sur la petite bombe que Kasabian a récemment balancé sur internet et sur un clip de Primal Scream dont je ne parvient pas à me lasser.

lundi 16 mars 2009

C'est en écoutant 'Climbing Up The Walls' ce soir que j'ai trouvé mon sujet d'article, assez simple finalement, mais en même temps pratiquement indispensable. Donc rétrospective sur le monstre musical qu'est Radiohead, de ses débuts conformistes aux sommets d'In Rainbows; et pour cela, je pense qu'une critique albums par albums serait une bonne méthode, aux vues de la progression incroyable de ces artistes à l'état pur. Donc blabla sur leur formation à Oxford aux débuts des années 90, alors que le rock reste quelque chose d'extrêmement consensuel, soit vraiment punk soit pop. Le groupe, originellement 'On A Friday' se démarque finalement très rapidement, dès leur premier single. Je précise quand même qu'il n'est absolument pas possible d'évoquer toute la carrière de Radiohead dans un petit article comme celui-ci, qui plus est par un petit amateur comme moi. Je ferais donc d'énormes erreurs et des omissions à la pelle. Mais bon c'est mieux que pas en parler du tout (enfin j'espère).

Le single "Creep" est donc en soi une petite révolution, une fusion qui vaut au Radiohead des débuts d'être qualifié de noise-pop, en soi assez drôle aujourd'hui, les nombres de groupes pop crades grouillant par milliers aujourd'hui (même si l'expression fait un peu ver de terre. Ou zombie.). Les distorsions punk d'un Jonny Greenwood alors déjà bien énervé forgent un début de "son Radiohead" qui sera le leur pour les 3 albums à venir. Un son en constante opposition/fusion entre l'esprit folk de Thom Yorke et la hargne de Jonny Greenwood. C'est à ca que ressemble Creep, le malaise de vivre, la déprime en dernier facteur unifiant l'identité sonore de Radiohead. Grossièrement, leur premier album ressemble à cela : peu de titres échappant à la règle précédemment décrites, et un songwriting envoutant qui pointe déjà son nez sur les excellents Anyone Can Play Guitar et Blow Out. Voilà pour Pablo Honey, vite débarassé car c'est toutefois le coup d'essai d'un groupe encore jeune et que les chefs d'oeuvres qui suivent méritent que l'on s'y intéresse plus longuement.

(Pochette du premier album, dans le plus pur style photoshop 1.0 et surtout peu révélatrice de la musique qu'il y a dedans.)

Sur The Bends, le groupe poursuit son chemin, choquant les critiques les plus réac' à la sortie du disque, avec une sonorité qui évolue déjà bien que rétrospectivement, ce ne soit pas des plus flagrants. Il est vrai que la complexité est déjà plus au rendez vous sur cet album et même si l'ambiance reste très folk-rock, on aperçoit une originalité qui fera de Radiohead ce qu'il est aujourd'hui, un groupe d'exception, modèle de songwriting de la scène anglaise, et modèle de carrière pour tout groupe de rock un minimum indie. Les hymnes foisonnent de plus en plus sur ce deuxième album dans un style tantôt dépressif et sombre (Street Spirit (Fade Out)) tantôt plus joyeux (High And Dry) tantôt bizarre et punk (Just, Planet Telex). Ce n'est sans doute pas le meilleur album de tout les temps (puisqu'on peut parler en termes littéraux pour Radiohead) mais malgré tout les éléments du succès du disque suivant sont pratiquement tous en place.


(Toujours pas une pochette des plus somptueuses, mais plus en accord avec leur musique en tout cas. Ca évolue au même rythme que leur musique.)

Ne manque plus que l'électronique. OK Computer, go. Et c'est la consécration. Le meilleur album de la décennie, de tout les temps, peu importe. Sans doute le meilleur de Radiohead, avec Kid A, en tout cas. Mais les jugements ne valent rien sans justifications. Si je dis cela, c'est précisément parcequ'OK Computer, en plus des tubes qui font que même les mamies connaissent Radiohead (No Surprises, Karma Police, etc..) est parfait d'un bout à l'autre. Même l'ordre des pistes est parfaitement cohérent. C'est une oeuvre artistique, totale et absolue, chaque élément, de la pochette à la voix électronique et angoissée de Fitter Happier (quelqu'un avait dit à juste titre que l'on ne pouvait comprendre le disque que lorsqu'on appréciait cette chanson, ce qui est vrai je dois l'admettre) en passant par les textes d'une beauté torturée encore inégalée, participe d'une ambiance spectrale de paranoia, de pertes de repères dans le monde post-moderne qui est le nôtre. C'est rare que la musique puisse aller aussi loin, les Pink Floyd l'avait sans doute fait, mais je n'étais pas né. Je suis pleinement conscient d'arriver juste un peu trop tard pour tout saisir de l'ère 2000s, et qu'il est par conséquent possible d'être encore plus en adéquation avec ce disque.

(Enfin du joli et du en accord avec leur musique. Rien à dire, OK Computer, c'est le meilleur et c'est un tournant dans leur carrière.)

Que faire après pareil chef d'oeuvre se demandent alors critiques, membres de Radiohead et fans du groupe? Prendre une direction radicalement opposée à leurs précédents choix de carrière. Autant dire qu'il y a eu un avant et un après Kid A. Même si les groupes qui courent après la gloire de faire "leur" Kid A sont nombreux, ce disque ne pouvait arriver qu'avec Radiohead et qu'après OK Computer. Plus la peine d'essayer, un mythe reste un mythe. Mais qu'y a t il donc dans ce disque qui suscite tant d'admiration? Au début, et c'est là le paradoxe, rien. Du vide, que tentent d'emplir boîte à rythmes et samples. Ah oui ok, on passe à l'electro. Mais pas n'importe laquelle, de l'electro lente et déchirante comme le pouvait laisser supposer les singles dépressifs précédents. Habitée, l'electro de Radiohead est une accumulation de détails insignifiants et expérimentaux qui forment une grande machine complexe. Les sons apparaissent comme jamais entendus jusqu'à présent, et c'est sans doute le cas. Thom Yorke, maniant d'ordinaire aussi bien le grave que l'aigu en plus de sa guitare, se trouve quelque peu déformé sur de très beaux titres, angoissants à souhait comme Kid A ou encore l'excellentissime Idioteque (peut être l'une des meilleures chansons que je connaisse). L'expérimentation n'est pourtant jamais gratuite et tout a un sens, parfois caché. C'est ainsi qu'il est possible de mettre deux copies du disque à lire avec 16.8 secondes d'intervalles et avoir l'impression sur chaque chanson d'une auto-symbiose parfaite qui soutient les passages importants et en révèle d'autre (avis aux ados en quête de loisirs incongrus). L'art de Radiohead sur ce disque c'est d'avoir réussi à faire un chef d'oeuvre qui n'en a pas l'air, un disque fait de rien, qui est tout ce qu'il faut pour aimer Radiohead.

(Kid A, pochette aussi belle que le disque, aussi belle que celle d'OK Computer, tout ca concorde plutôt bien dans ma démonstration du fait que ces deux albums sont, je pense, les meilleurs de Radiohead. Le virtuel et le réel se recoupe dans un très bel effet.)

L'album suivant, Amnesiac est la seconde partie expérimentale de l'entreprise Kid A(l'enfant d'A_mnesiac)/Amnesiac, "l'incendie vu du dedans et plus du dehors" selon les propres mots de Thom Yorke. Ce disque poursuit donc l'exploration de pistes expérimentales et intimistes. On a l'impression en l'écoutant d'être en effet plus au centre. C'est indescriptible mais Amnesiac nous a emmené plus loin, et plus au coeur du feu. Il faut écouter, pour comprendre, les deux versions de Morning Bell, celle de Kid A et celle d'Amnesiac et les comparer. Ce disque frôle malgré tout l'excès et des titres comme Pulk/Pull Revolving Doors ou Hunting Bears font défaut et masquent mal un souhait trop violent de se radicaliser.

(Amnesiac, encore plus expérimental et plus étrange. Oui ça se voit.)

Sur Hail To The Thief, Radiohead a souhaité réintégrer de la spontanéité. C'est un choix judicieux au vu du résultat. 2+2=5 en ouverture, message politique+guitare électronisée=renouveau de Radiohead. Les samples et boîtes à rythmes sont toujours là mais cohabitent désormais avec les guitares dans un style que l'on n'avait plus beaucoup croisé depuis OK Computer. L'album reflète une vraie capacité de synthèse du groupe qui puisent dans ses influences, en y ajoutant sans cesse de nouvelles, comme sur We Suck Young Blood, mélange de Kid A et du free jazz, ou Where I End And You Begin, mélange Kid A/OK Computer très convaincant et prenant.

(Hail To The Thief, retour à des trucs moins concepts, des mots et tout, avec une dimension politique plus marquée, comme en témoigne cette très belle oeuvre d'art, peut être la plus belle pochette avec In Rainbows)

Et In Rainbows, le seul album que je n'ai pas acheté trois ans ou quinze ans après sa sortie, pour terminer cette rétrospective Radiohead, probablement le sujet sur lequel tout le monde devrait tomber d'accord, pour reprendre je sais plus quel critique à propos du disque. C'est vrai que je vois mal comment on peut ne pas aimer les chansons de l'album qui sont à la fois épurées et denses, uniques et universelles. 15 Steps et la magie du 5/4 et du son de guitare, Bodysnatchers et le grunge partiel, Nude et le 3 temps mélancolique, Weird Fishes/Arpeggi et la composition à la King Crimson dans un voyage véritablement surréaliste ; échappatoire improbable, All I Need et la nostalgie du passé musical de Radiohead et du passé tout court, Faust Arp et la beauté de l'accoustique, Reckoner et la simplicité d'arpèges sur deux cordes et du tambourin, House Of Cards et le rythme soul et lent, Jigsaw Falling Into Place et la réécriture de Radiohead par Radiohead, Videotape et le piano, lent, froid, douloureux et simple, comme Erik Satie.

(Synthèse du groupe, de leur musique, de toute les couleurs, l'arc en ciel n'est en fait qu'une tache de peinture ou de je sais pas trop quoi dégueu'. Comme quoi, ils sont plutôt modestes.)

Bon après cet article très long il faut le dire, je m'accorde une pause méritée d'au moins 3 ans. Mais au moins j'ai dit beaucoup de choses. Donc ca va.

mardi 10 mars 2009

En ces temps difficiles, je me permet malgré tout une petite parenthèse presque (pas) cultivée sur l'electro australienne. Un très bon groupe découvert il y a peu, Cut Copy vs. des vieux routards de mon mp3, les excellents Midnight Juggernauts.

Bon donc les présentations sont faites, ces deux groupes se connaissent très bien et pour cause, leur musique présentent pas mal de points communs. Preuve assez rigolote : Midnight Juggernauts a remixé une chanson des Cut Copy et vice versa. Premier point commun, tout d'abord, des synthés très années 80, criards, épais, distordus, et tout pleins d'écho comme on pouvait les aimer y'a 30 ans de cela (et oui presque 2010 déjà! ouh! le coup de vieux!) et qui est souvent qualifié de space-rock, et effectivement galaxy, sky, et autre constellations reviennent souvent dans les textes et titres des deux groupes. Second point commun, un sens assez aigu du psychédélisme néo-Pink Floyd, style 'ouaaaais, on est trooop heureuuux..." et paradoxalement très sombre parfois. Les deux groupes partagent aussi la passion du beat dance marqué qui n'était pas malgré tout le cas de toutes les chansons des Pink Floyd.

Pour les différences maintenant, alors premièrement, Cut Copy est beaucoup plus electro que les Midnight Juggernauts, et le reproche majeur que je pourrais leur faire, c'est essentiellement ça, une surexploitation sonore qui noit un peu le poisson de la mélodie, du coup bon oui, certaines chansons sont géniales (Lights&Music, à se passer en boucle), d'autres sont très agréables à écouter, mais ca fait quand même mauvais U2, un peu des fois, et on s'en lasse vite je pense.
Deuxièment, Midnight Juggernauts compose de manière beaucoup plus sombre, introspective, moins disco-dance que ne peut le faire Cut Copy. Ca dépend donc au final des humeurs, même si ma préférence va malgré tout pour Midnight Juggernauts, notamment grâce à leur sens puissant de la mélodie qui s'immisce, presque insidieusement, pour ne plus en sortir qu'après une autre découverte au moins aussi passionnante. Après si jamais vous voulez danser façon club disco, et que vous voulez pouvoir vous vanter de ce groupe pas connu qui a quand même tourné avec les plus grands (Franz Ferdinand, Bloc Party, Daft Punk...), n'hésitez plus, Cut Copy vous attend.

En résumé :


(Y'a même un air de ressemblance dans les pochettes, dingue.)

mardi 3 mars 2009

C'est sous couvert d'une onomatopée fracassante, quoique légèrement teutonne que les Rakes nous balancent leur troisième album en pleine tronche, dans un fracas de formes héritées d'un Tangram chinois.

You're in it ouvre l'album, et dès le début, il y a quelque chose qui cloche. Certes le riff de guitare est très très catchy mais la mémoire auditive se met en marche et murmure un truc du style : "C'est cool, mais ça ressemblerait pas au pont de l'excellente I'm Your Villain de Franz Ferdinand ?". Et de fait, le refrain de la dite chanson enchaîne sur un vrai plagiat mélodique de You Could Have It So Much Better. M'enfin s'il n'y avait que ça, ça pourrait encore passer inaperçu auprès de non atteint de franz mania, mais il s'avère que les Rakes ont par dessus le marché, bien écouté et bien digéré un vaste répertoire de rock anglais.

(Démo en 7 points)
1. Sa voix ressemble de plus en plus au chanteur d'Art Brut sur certains passages de Shackelton, c'est flagrant.
2. Le piano et les dissonnances de The Woes Of The Working Woman sont franchement Clap Your Hands Say Yeah.
3. Le chorus de cette même chanson est sous inspiration Fratellis et spécifiquement Chelsea Dagger.
4. On frôle le math rock à la Foals sur les guitares décalées de 1989 auquel s'ajoute un gimmick de voix bizarre et incongru dans le style de Battles.
5. L'intro de batterie de That's The Reason est copié collé de Close To Me des Cure.
6. On aperçoit des petites mélodies de Mullers Rachet qui sonnent comme Metronomy
7. Le bruitisme electro de Mullers Rachet est bien tenté mais Late Of The Pier l'a déjà fait les p'tits gars.

Ca fait quand même pas mal de sources d'inspiration et étonnemment, malgré cela les Rakes se diversifient et créent un album rapide, efficace et varié qui parvient à unifier tout ce bazar des constructions variés, un peu comme la pochette finalement, avec un certain décalage qui fait le côté plutôt sympa du disque. On retrouve donc bien les petites manières étranges du chanteur, les guitares claires au possible (limite tranchantes et aggressives) ainsi que les lignes de basses relax et sympa. Les riffs violents ne laissent aucune place au silence, étouffé par des montées et des descentes mélodiques soutenues elles mêmes par des accords de puissance qui synthétisent parfaitement et habilement Bloc Party et Franz Ferdinand. A écouter pour rigoler d'abord un peu, puis apprécier ensuite.